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    C'est le souvenir d'un conte dit par Monique à " la péniche " le 21 mai 1987  

     

    *

     

    C'était un petit garçon qu'on n'avait jamais vu rire.

    Tout bébé déjà il ne riait pas,

    même quand un rayon de soleil se posait sur son nez,

    même quand un chat faisait une pirouette devant lui.

    Sa mère pourtant lui avait lu des comptines.

    Ainsi celle du lièvre qui vient manger de l'herbe dans le petit pré qui est au fond de la main, puis se sauve à travers la barrière des doigts et va se cacher dans un trou, celui du nombril, qu'alors la mère chatouillait de son doigt.

    Non, là même il ne riait pas. Il semblait regarder sa mère avec une sorte de tendresse, d'indulgence, mais il ne riait pas.

    Quant à son père, il ne voulait pas lui parler, car il avait l'impression de passer devant un tribunal.

     

    Devenu plus grand, il ne jouait pas avec ses camarades, qui eux se couraient après, criaient, se battaient, grimpaient aux arbres, déchiraient leurs vêtements. Lui les regardaient d'un regard sérieux.

    A l'automne; quand les premiers froids arrivaient, il voulait que son père fasse rentrer tous les oiseaux dans la grange,  pour qu'ils n'aient pas froid. Ni faim. Il ne comprenait pas que les oiseaux avaient besoin de liberté. Il avait un oiseau dans une cage et le soignait avec beaucoup d'attention.

     

    - Une soupe un peu particulière -

     

     

    Noël est arrivé Sa mère est allée au marché. Elle avait décidé d'acheter des oranges, très précieuses en ces temps là, car elles étaient rares, et on ne les achetait que pour les fêtes. Elle pouvait alors en acheter car elle avait fait toute l'année de la dentelle, le soir, à la flamme d'une bougie, et avait pu ainsi faire quelques économies.

    Mais ensuite elle a réfléchi, hésité ... était-ce la peine ?

    Son garçon refuserait peut-être de les manger ?

    Pendant qu'elle réfléchissait, une femme étrange s'est approchée d'elle et lui a dit : " J'ai quelque chose pour votre garçon, tenez, c'est un grain de folie. S'il le garde sept années, il sera guéri  ".

    Et elle lui a donné un cordonnet qui passait dans une perle, une sorte de perle grise. La mère a pris le cordonnet, l'a regardé, s'est demandé si elle devait le prendre, mais quand elle s'est retournée, la femme avait disparu. 

     

    A Noël, dans le sabot du garçon, il y avait un collier.

    Il l'a pris et l'a mis à son cou.

     

    Et là tous ont été stupéfaits ! 

    Car il a éclaté de rire ! Il s'est mis à danser, à tirer sur les vêtements de sa mère, sur la queue du chat, à grimper sur son père. Il a été vers la cage de son oiseau et a ouvert la cage, et l'oiseau s'est sauvé de la cage. Alors il a ouvert la fenêtre et l'oiseau est parti dehors.

     

    - Une soupe un peu particulière -

     

     

    Lui aussi est sorti dehors et a rejoint les autres garçons. Il est revenu et s'est mis à réciter à haute voix les comptines qu'on lui avait dites. Puis il est ressorti à nouveau.

    Quand il est rentré le soir, il était sale, et ses vêtements déchirés. Il a avalé la soupe et est parti se coucher. Il était devenu comme un ouragan, et ses parents ouvraient des yeux ronds comme des oeufs sur le plat, tellement ils étaient étonnés. Le lendemain il a avalé son petit déjeuner et il est sorti. La neige couvrait le sol ce matin là. Il a marché en lançant des boules de neige.

    C'est alors qu'il a trouvé  ...  son oiseau. Son oiseau était gelé, mort de froid. Il en a été bouleversé. Il l'a mis contre lui pour le réchauffer, et ... et voilà qu'il n'était pas mort, seulement gelé : la chaleur l'a fait revivre. Le garçon a compris que peut-être, cet oiseau là, il valait mieux le laisser dans sa cage, car il ne pouvait pas supporter le froid.

    Il a remis l'oiseau dans sa cage.

     

    Pendant sept années il a gardé le collier.

    Au bout de sept ans l'oiseau est mort.

    Et la perle s'est brisée en mille petits morceaux.

    Mais lui était devenu un garçon plein de joie,

    et aussi plein de sagesse.  

     

     

     

    - Les effets d'une perle grise -

     

     

     

     

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    Voici bien longtemps déjà, et bien loin d'ici, vivait un roi qui avait tout pour être heureux, car il avait pour fille la plus belle fille que le soleil ait jamais vue et admirée.

    Et pourtant il n'était pas heureux, car sa fille jamais ne parlait, jamais ne riait ni même ne souriait.  

    Sa fille était la princesse Tizis.

     

     

     

    - La princesse Tizis -

     

     

     

    Ce roi avait fait venir tous les devins, tous les astrologues et tous les médecins de son royaume pour savoir pourquoi, mais jamais aucun n'avait réussi à lui dire les raisons de cette étrangeté.

    Un vieux médecin l'avait toutefois pris par l'épaule, et lui avait dit à l'oreille : " Oh roi, à mon avis ta fille souffre du mal d'amour. Tu devrais la marier, parce qu'au moins, si elle ne guérissait pas, ce serait son mari qui en aurait la charge, ce ne serait plus toi ! "

    Le roi s'était rangé à cette sage raison et avait fait publier dans toutes les villes et dans tous les villages de son royaume l'avis qu'il donnerait sa fille, la princesse Tizis, à qui saurait la faire rire et parler.

    Aussitôt étaient accourus tous les princes du royaume et des royaumes alentours. Et ces princes avaient déployé, aux pieds de la princesse, leurs trésors les plus époustouflants, déclamé les poèmes d'amour les plus magnifiques, fait jouer leurs fifres, leurs pitres, leurs jongleurs, leurs comédiens, leurs musiciens, et conter leurs conteurs. La princesse Tizis avait tout écouté, tout regardé, puis elle s'était tournée vers la fenêtre ouverte, avait contemplé au loin la cime neigeuse des montagnes et les nuages voyageant dans le ciel. Puis elle avait baillé. Et tous, même les plus riches princes du royaume, s'en étaient retournés d'où ils étaient venus.

    Alors étaient venus au palais les plus riches marchands du royaume et des royaumes voisins,  et ils avaient fait ouvrir aux pieds de la princesse leurs coffres remplis de bijoux et de tissus rares, récité eux aussi des poèmes d'amour, présenté eux aussi tous leurs artistes les plus talentueux. La princesse Tizis avait à nouveau tout écouté, tout regardé, puis elle s'était tournée vers la fenêtre ouverte, avait contemplé au loin la cime neigeuse des montagnes et les nuages voyageant dans le ciel. Puis elle avait baillé. Et tous, même les plus riches marchands, s'en étaient retournés d'où ils étaient venus.

     

    Mais à l'instant même où le dernier marchand tournait ses talons d'or  et quittait le palais, au loin, dans le village d'une vallée perdue, un jeune homme apprenait la bonne fortune qui était promise à qui saurait faire rire et parler la princesse Tizis. Alors il se dit  " Pourquoi pas moi ? La moisson est rentrée, je n'ai plus de travail, je vais tenter ma chance ! " Et il se mit en route vers le palais.

     

    La route était longue. Un jour il rencontra une étrange vieille femme qui lui demanda où il allait.  " Je vais au palais du roi pour essayer de faire rire et parler la princesse Tizis, mais je n'ai guère d'espoir car, à mon avis,  la princesse est tout simplement muette  -  Muette, la princesse Tizis ? lui dit la vieille femme, mais pas du tout !  Elle est loin d'être muette, mais elle est subtile, intelligente et tellement sensible. Et je sais moi pourquoi elle ne parle et ne rit jamais. Je le sais, et toi, tu veux le savoir ? -  Ah oui je veux bien le savoir ! - Alors écoute moi bien " dit la vieille. 

    " Ecoute moi bien, car ce que j'ai à te dire est grave et profond. Autre fois, dans une autre vie, la princesse Tizis vivait dans le corps d'une tigresse.  Un jour elle vit son compagnon, le tigre, tué par des chasseurs. Elle en est morte de chagrin.

     

     

    - La princesse Tizis -

     

     

    Alors elle est revenue une deuxième fois à la vie, dans le corps d'une perdrix. Elle a fait son nid dans un champ. Un jour néfaste parmi les jours néfastes, les paysans ont mis le feu à ce champ, et elle est morte étouffée dans les flammes, avec ses petits qu'elle n'avait pas voulu quitter, et son compagnon lui aussi est mort dans ces mêmes flammes en voulant lui porter secours.

     

     

     

    - La princesse Tizis -

     

     

    Alors elle est revenue une troisième fois à la vie dans le corps d'une alouette, et cette fois elle a fait son nid entre deux pierres d'une digue. au bord d'une rivière. Un jour des enfants, des enfants qui passaient par là, des enfants turbulents comme sont tous les enfants, l'ont capturée, et elle est passée de poings en poings, et comme ça ils l'ont étouffée. Sn compagnon lui aussi est mort étouffé par les mêmes poings, en voulant lui porter secours. 

     

    Alors elle est revenue une quatrième fois à la vie, mais cette fois dans le corps de la princesse Tizis, où elle est aujourd'hui. Et si elle ne parle ni ne rit, c'est qu'elle se souvient de la cruauté des hommes. Elle ne veut rien avoir à faire avec eux. "

    Ainsi parla la vieille femme, puis elle brandit son bâton comme cela, en signe d'au revoir, et elle reprit son chemin. 

     

    Le jeune homme resta là, tout pensif. Si pensif qu'il ne vit même pas la vieille s'éloigner. Il fut assailli d'images, d'images infiniment lointaines, plus lointaines que sa vie elle-même ... ... un tigre, tué par des chasseurs ... ... une perdrix, volant éperdument vers un champ en feu ... ... une alouette étouffée par des mains d'enfants ... ...

    Alors il s'est souvenu... 

    Il est resté si longtemps perdu dans ses images que, lorsqu'il est revenu à la réalité des choses, la vieille n'était plus qu'un point minuscule perdu entre rocs et buissons.

    Alors il a repris son chemin vers le palais de la princesse Tizis. Il y est arrivé au soir tombé. La princesse Tizis était justement là, devant sa porte, occupée à tisser une couverture de laine bleue. Elle n'a même pas levé les yeux quand il est arrivé. Mais le jeune homme lui a dit :

    " Fille de roi, toi qui ne daigne pas me regarder, écoute-moi.

     

    Autrefois je fus un tigre, et les chasseurs m'ont tué, et ma compagne en est morte de chagrin. Alors je suis revenu une deuxième fois à la vie dans le corps d'une perdrix mâle, et un jour j'ai vu ma compagne périr dans un champ en feu. J'ai voulu lui porter secours, et je suis mort moi aussi dans ces mêmes flammes. Alors je suis revenu une troisième fois à la vie dans le corps d'une alouette mâle, et un jour j'ai vu ma compagne prisonnière de poings d'enfant, j'ai voulu lui porter secours, mais que pouvait le petit oiseau que j'étais ? Je suis mort moi aussi étouffé par ces mêmes poings.

    Alors je suis revenu une quatrième fois à la vie, dans le corps d'homme où tu me vois, mais moi, à la différence de toi, dans ce corps d'homme où tu me me vois, moi, j'ai décidé d'être heureux.

    Et voici qu'aujourd'hui je t'ai retrouvée ! "

     

    Ainsi parla le jeune homme.

     

    Alors la princesse leva ses yeux vers lui. 

    Un imperceptible sourire illumina son regard.

    Elle se leva, lui tendit la main,

    et l'entraîna vers le palais.

     

     

     

    - La princesse Tizis -

     

     

     


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    Un conte venu d'Asie

    et plus précisément de l'île de Java

    où vivent de nombreux tigres (faut-il dire "vivaient" ?).

     

    Les tigres sont d'excellents chasseurs, et ont beaucoup d'appétit. Si bien qu'il arriva un moment où dans leur forêt, pourtant si grande et si riche en animaux de toute sorte, il arriva, dis-je, pour les tigres de Java, qu'il ne restait pratiquement plus personne à manger !

    Alors le roi des tigres de Java, qui se nommait Harimaou, qui était le plus gros et le plus gras de tous les tigres (mais qui commençait à maigrir) et en plus le plus grognon de tous les tigres de tous les temps, le Seigneur Harimaou réunit son conseil royal.

     

     

     

    Il demanda si quelqu'un savait où l'on pourrait trouver du gibier.

    - à Bornéo ! fut la première réponse

    puis : à Sumatra, à Zamboanga, à  Tamboanga, à Cracatoa, à Bali ! 

     

     

     

     

    - Bon, nous allons commencer par déclarer la guerre à Bornéo, dit Harimaou. Tous les autres tigres ont approuvé. Harimaou choisit le moins maigre d'entre eux pour porter la nouvelle chez l'ennemi. Il arracha le plus long poil de sa moustache, le tendit au messager et lui dit :  Porte cela au roi de Bornéo, et déclare-lui :

    " Mon maître Harimaou, le roi des tigres de Java, dont tu peux admirer la force terrible rien qu'en regardant ce poil tiré de sa moustache, Harimaou t'ordonne de lui envoyer tous les mois une barque pleine de viande fraîche toute crue, mais aussi des rôtis, des grillades, du hachis, des brochettes, et aussi quelques pièces d'or. 

    Il te laisse réfléchir jusqu'à la prochaine lune, car c'est un roi juste et charitable, mais passé ce délai, si tu oses lui désobéir, il portera la guerre dans ton île et croquera jusqu'à la dernière petite souris ".

    Et le tigre ambassadeur s'est embarqué pour Bornéo. Deux jours après il accosta dans cette île, mis patte à terre et cria : " Héo, gens de Bornéo, j'ai un message pour votre roi ! " Mais personne ne répondit, et pas même le moindre petit lézard à qui demander son chemin, et qu'on pourrait manger en guise de remerciement, car voyant arriver l'inconnu tout le monde s'était caché. Alors le messager s'enfonça dans la jungle silencieuse, avec précaution, et plus il avançait et plus son courage rapetissait.

    Soudain, dans une clairière, il vit passer quelqu'un. C'était Kantjil, un cerf nain, pas plus grand qu'un petit faon qui aurait oublié de grandir.

     

     


     

    Or Kantjil était très curieux, tellement curieux qu'il en oubliait d'être prudent. Alors le tigre messager lui cria : " Holà ! Trois pommes ! Montre -moi le chemin du palais de ton roi ! "

    " Le palais de ... mon roi ? " répéta lentement Kantjil, pour gagner du temps... tout en se disant  " Tiens, je ne savais pas qu'on avait un roi, ici... mais ce moustachu à de drôles de manières" .

    Le tigre maugréa " Petit et sourd, c'est bien ma chance " Puis il cria :   " Où habite votre roi ? - Ah ... notre roi ??? Il habite par là " et Kantjil fit un geste vague vers le coeur de la forêt. " Mais ... en ce moment il n'est pas chez lui, Monseigneur, il est parti à la chasse. - Alors mène-moi à son pavillon de chasse, car je lui apporte un message très important du grand roi des tigres de Java ! - Ah, un message du grand roi des tigres de Java " répéta lentement Kantjil pour gagner du temps, tout en pensant " Oh cette histoire me plait de moins en moins". " Alors, tu m'amènes vers ton roi, oui ou non ? " s'impatienta le tigre. " Oui oui, Monseigneur, oui oui, si vous le désirez. Seulement voilà, notre roi n'a pas de pavillon de chasse; il chasse une fois par-ci, une fois par là ... et la forêt est si grande ! Je crains de vous fatiguer, Monseigneur. Ne voulez-vous pas vous reposer de votre long voyage ? Confiez-moi votre message, et je le porterai à votre place. "

    Le tigre approuva, répéta le message de Harimaou. Kantjil prit respectueusement le fameux poil de moustache et partit en courant. Il n'alla pas très loin, seulement jusqu'à la source la plus proche. Là il s'assit, bu une gorgée, et se mit à penser : " Grillades, rôtis, brochettes, hachis ... Autant dire  Kantjil et ses amis ! Il ne faut surtout pas que ces tigres mettent leurs pattes ici, ou c'en est fini de notre vie  tranquille. " Il bu encore une gorgée, brouta un brin d'herbe, et soudain lui vint une idée ... " Ah oui, c'est ça ! " Et il éclata de rire " Ah oui, c'est ça ! Je connais le roi de Bornéo ! ". Il venait de penser à son ami Landak, le porc-épic. Il courut  le plus vite possible pour le retrouver et arriva chez lui.        

    " Landak, mon frère, veux-tu encore me donner un de tes plus gros piquants ?  - C'est encore pour jouer un bon tour à quelqu'un ? "  demanda Landak, qui adorait les farces que faisait souvent son ami Kantjil. " Oui, pour jouer le meilleur tour de ma vie ! Nous en rirons encore quand nous serons tous les deux vieux, ridés et chauves ".  Et il lui expliqua la situation et ce qu'il voulait faire.

     

     

     

     

     

    Landak arracha le plus gros de ses piquants, le donna à Kantjil, qui le remercia, et retourna en courant le plus vite qu'il pu vers la clairière où l'attendait le tigre.    

    " Oh non, non, non,  je n'oserai  jamais, Monseigneur  ! " s'exclama Kantjil, en soufflant comme s'il venait de courir cent lieues. " Quoi ?  " demanda le tigre. -  C'est que notre roi, gémit Kantgil, notre roi s'est mis très en colère quand je lui ai fait connaitre votre message, et de rage il a brisé 43 arbres, comme s'ils étaient des cure-dents, puis il a crié RAOU RAOU ! Vous ne l'avez pas entendu  ? C'était comme le tonnerre traversant la forêt.   Et il a dit ... j'ose à peine vous le répéter ...  il a dit : dis à ce petit matou que je serai ravi de goûter à un rôti de tigre, et de faire une descente de lit avec sa peau. Et dis-lui que les moustaches du roi de Bornéo sont autrement piquantes que celle de ce ... comment donc ? ... Harimiaou. " Et Kantjil, avec la plus profonde révérence, donna au tigre le piquant de Landak.

     

    Quand le messager, de retour à Java, remis ce piquant à Harimaou, en lui disant que c'était un des poils de la moustache  du roi de Bornéo, Harimaou a bien réfléchi, et il a décidé d'aller plutôt voir s'il ne trouverait pas quelque gibier à Sumatra, en disant que, tout bien pesé, s'était plus près.

    Et c'est pourquoi, encore à ce jour, il n'y a pas de tigres dans la forêt de Bornéo, ni de roi non plus d'ailleurs.

     

     

     

     

    *** `

     

    Jean-Pierre m'envoie quinze photos du volcan BROMO, qui se dresse parmi beaucoup d'autres à Java. Ce volcan est impressionnant, car sans cesse actif. Je vous en joins ici une : 

     

     

     

     

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    Connaissez-vous les contes Zen ? 

    Ils sont le plus souvent assez étranges.

    Ainsi celui-ci qui met en scène deux Samouraïs. 

     

    - Deux curieux personnages -

     

     

    Cela se passait sur un lac, il y a bien longtemps, au Japon.

    Des radeaux le traversaient à des heures régulières.

    Et voici que passait le dernier radeau de la journée.

    Parmi les passagers se trouvaient deux Samouraïs.

     

    L'un d'eux, qui était prétentieux à l'extrême, n'arrêtait pas  de vanter ses exploits et sa parfaite maîtrise du sabre. A son avis il était le champion toutes catégories du Japon. Et c'est ce que semblaient croire tous les autres voyageurs qui l'écoutaient avec une admiration ... mêlée de crainte.

     

    Pas vraiment tous les voyageurs. Car se trouvait là un autre voyageur qui était lui aussi un Samouraï, le célèbre Tsukahara Bokuden, qui était resté à l'écart, et ne semblait pas du tout impressionné  par toutes les sornettes débitées par le premier Samouraï.

    Ce dernier s'en aperçut et s'en vexa. Il s'approcha alors de Bokuden et lui dit : " Toi aussi tu portes une paire de sabres, tu es donc un Samouraï. Pourquoi ne dis-tu pas un seul mot ? "

    Bokuden répondit calmement : " Je ne suis pas concerné par tes propos. Mon art est différent du tien. Il consiste non pas à vaincre les autres, mais à ne pas être vaincu ". L'autre Samouraï se gratta le crâne, et finit par demander : " Mais alors, quelle est ton école ? "

    " C'est l'école du combat sans arme. - Mais dans ce cas, pourquoi portes-tu des sabres ? - Cela m'oblige à rester maître de moi pour ne pas répondre aux provocations " . Exaspéré le premier Samouraï répliqua : " Et tu penses vraiment pouvoir combattre avec moi sans sabre ? - Pourquoi pas ? Il est même possible que je gagne !  ".

    Hors de lui le Samouraï cria au passeur de ramer vers le rivage le plus proche. Mais Bokuden suggéra qu'il serait préférable d'aller sur une île, loin de toute habitation, pour ne pas provoquer d'attroupement et être plus tranquille. Le Samouraï accepta ".

    Quand le radeau atteignit une île inhabitée, le premier Samouraï sauta aussitôt à terre et dégaina son sabre, prêt au combat. Bokuden, lui, enleva soigneusement ses deux sabres, les tendit au passeur, et s'élança comme pour sauter à terre. Mais soudain, saisissant la perche du batelier, il dégagea rapidement le radeau pour le pousser dans le courant.

    Bokuden se retourna alors vers le Samouraï, qui gesticulait comme un diable sur l'île déserte, 

     

     

    - Deux curieux personnages -

     

     

    et il lui cria : 

    " Tu vois, c'est cela vaincre sans arme ! ".

     

     

     

     

     

    " Et bien ...

    dit Bingo

     

     

     

    - Deux curieux personnages -

     

     

    ( Ah , Bingo, c'est mon nouvel ami )

     

     

    je les trouve bien bizarres tous les deux,

    ces Samouraïs ! "

     

     

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    C'était  le temps où bien des européens montaient en grand nombre sur des bateaux pour aller en Amérique, avec une simple valise, ou un ballot sur l'épaule, pour y travailler, pour s'y enrichir peut-être, ou tout simplement pour vivre, pour échapper à de stupides mais cruelles persécutions, ou tout simplement pour pouvoir manger. 

    C'est alors que deux jeunes gens montèrent sur ce bateau.

     

     

    - Peux-tu me répéter exactement ses paroles ? -

     

       Ainsi firent-ils connaissance et devinrent amis.

    Tous deux voulaient faire fortune.

    Mais dès qu'ils mirent pied à terre, ils se séparèrent

    et se perdirent de vue.

     

    Souvent ceux qui étaient ainsi partis reprenaient le bateau pour revenir en Europe. Certains d'entre eux parce qu'ils avaient réussi à s'enrichir et qu'ils voulaient revoir leur famille. Parfois avec l'intention de repartir avec un parent. D'autres parce qu'au contraire ils avaient échoué dans leur projet  Ou pour simplement mourir dans leur pays natal. Car la réussite était bien aléatoire.

    Ce jour là, où je vous emmène sur un de ces bateaux du retour, se trouvait un des deux amis, car il n'avait pas réussi et était même devenu encore plus pauvre qu'à son départ d'Europe. Il était très inquiet de la façon dont il allait être accueilli dans sa famille.

    Et voici que, sur le pont du bateau, il se retrouva face à son ami, celui-là même avec lequel il s'était embarqué trois ans auparavant.  Mais celui-ci avait fait fortune et revenait pour aller chercher sa femme et repartir s'installer avec elle à Boston.

    Le voyage , à cette époque, était assez long.

    Or voici que durant cette traversée l'ami riche tomba gravement malade. Et même très malade au point que sa mort devint imminente. Alors il parla ainsi à son ami.

    "  Ecoute, je vais mourir. Or tu es le seul à savoir d'où je viens, où j'allais, et le seul à connaitre Léa, ma femme. Prends ma valise, il y a dix mille dollars dedans. Porte-les à ma femme, et raconte lui ce dont je rêvais pour elle à Boston. Tu es le seul à pouvoir accomplir cette mission, et tu es pauvre. Alors, de tout cet argent, donne ce que tu veux, et garde le reste.  "

    Et ce jour même il mourut.

    De retour au pays, avec la valise, son ami se mit à chercher Léa. Il la chercha longtemps, puis finit par la retrouver. Il lui raconta tout en détails, puis conclut sur ces mots : 

    "  Voilà, ton mari est mort en me disant de t'amener la valise, de te donner ce que je voulais, et de garder le reste. Tiens, je te donne mille dollars. C'est une belle somme, hein, mille dollars !  "

     

    Mais Léa, furieuse, se met à crier :

     

     

    - Peux-tu me répéter exactement ses paroles ? -

     

     

     

    "  Et quoi ? Mille dollars pour moi, et neuf mille dollars pour toi ? Mais c'est moi l'héritière ! Tu n'as pas honte de léser la femme de ton ami ? C'est injuste : c'est à toi de te contenter de mille dollars !

    - Non ce n'est pas injuste ! Je suis fidèle à mon ami puisque je t'ai cherchée et retrouvée. Et je suis fidèle à sa parole puisqu'il m'a dit :    "  Donne ce que tu veux, et garde le reste.  "

    Et ils discutent, et discutent, et n'arrivent pas à se mettre d'accord. Et que fait-on dans ces cas là ? On alla chercher un sage, qui écouta les deux parties, puis demanda à réfléchir.

    Il revint le lendemain et demanda à l'homme : 

    "  Peux-tu me répéter exactement les paroles de ton ami ? 

    - Oui, il m'a dit : " Donne ce que tu veux et garde le reste  "

    Ahah, dit le sage ... : " Donne ce que tu veux et garde le reste  ".

    Mais dis-moi, ce que tu veux maintenant, c'est bien neuf mille dollars, n'est-ce pas ? Alors pour respecter la parole du mort ...

    donne ce que tu veux, et garde le reste. "

     

     

     

     

    ***

     

     

     

     


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