• - Les effets d'une perle grise -

     

     

    C'est le souvenir d'un conte dit par Monique à " la péniche " le 21 mai 1987  

     

    *

     

    C'était un petit garçon qu'on n'avait jamais vu rire.

    Tout bébé déjà il ne riait pas,

    même quand un rayon de soleil se posait sur son nez,

    même quand un chat faisait une pirouette devant lui.

    Sa mère pourtant lui avait lu des comptines.

    Ainsi celle du lièvre qui vient manger de l'herbe dans le petit pré qui est au fond de la main, puis se sauve à travers la barrière des doigts et va se cacher dans un trou, celui du nombril, qu'alors la mère chatouillait de son doigt.

    Non, là même il ne riait pas. Il semblait regarder sa mère avec une sorte de tendresse, d'indulgence, mais il ne riait pas.

    Quant à son père, il ne voulait pas lui parler, car il avait l'impression de passer devant un tribunal.

     

    Devenu plus grand, il ne jouait pas avec ses camarades, qui eux se couraient après, criaient, se battaient, grimpaient aux arbres, déchiraient leurs vêtements. Lui les regardaient d'un regard sérieux.

    A l'automne; quand les premiers froids arrivaient, il voulait que son père fasse rentrer tous les oiseaux dans la grange,  pour qu'ils n'aient pas froid. Ni faim. Il ne comprenait pas que les oiseaux avaient besoin de liberté. Il avait un oiseau dans une cage et le soignait avec beaucoup d'attention.

     

    - Une soupe un peu particulière -

     

     

    Noël est arrivé Sa mère est allée au marché. Elle avait décidé d'acheter des oranges, très précieuses en ces temps là, car elles étaient rares, et on ne les achetait que pour les fêtes. Elle pouvait alors en acheter car elle avait fait toute l'année de la dentelle, le soir, à la flamme d'une bougie, et avait pu ainsi faire quelques économies.

    Mais ensuite elle a réfléchi, hésité ... était-ce la peine ?

    Son garçon refuserait peut-être de les manger ?

    Pendant qu'elle réfléchissait, une femme étrange s'est approchée d'elle et lui a dit : " J'ai quelque chose pour votre garçon, tenez, c'est un grain de folie. S'il le garde sept années, il sera guéri  ".

    Et elle lui a donné un cordonnet qui passait dans une perle, une sorte de perle grise. La mère a pris le cordonnet, l'a regardé, s'est demandé si elle devait le prendre, mais quand elle s'est retournée, la femme avait disparu. 

     

    A Noël, dans le sabot du garçon, il y avait un collier.

    Il l'a pris et l'a mis à son cou.

     

    Et là tous ont été stupéfaits ! 

    Car il a éclaté de rire ! Il s'est mis à danser, à tirer sur les vêtements de sa mère, sur la queue du chat, à grimper sur son père. Il a été vers la cage de son oiseau et a ouvert la cage, et l'oiseau s'est sauvé de la cage. Alors il a ouvert la fenêtre et l'oiseau est parti dehors.

     

    - Une soupe un peu particulière -

     

     

    Lui aussi est sorti dehors et a rejoint les autres garçons. Il est revenu et s'est mis à réciter à haute voix les comptines qu'on lui avait dites. Puis il est ressorti à nouveau.

    Quand il est rentré le soir, il était sale, et ses vêtements déchirés. Il a avalé la soupe et est parti se coucher. Il était devenu comme un ouragan, et ses parents ouvraient des yeux ronds comme des oeufs sur le plat, tellement ils étaient étonnés. Le lendemain il a avalé son petit déjeuner et il est sorti. La neige couvrait le sol ce matin là. Il a marché en lançant des boules de neige.

    C'est alors qu'il a trouvé  ...  son oiseau. Son oiseau était gelé, mort de froid. Il en a été bouleversé. Il l'a mis contre lui pour le réchauffer, et ... et voilà qu'il n'était pas mort, seulement gelé : la chaleur l'a fait revivre. Le garçon a compris que peut-être, cet oiseau là, il valait mieux le laisser dans sa cage, car il ne pouvait pas supporter le froid.

    Il a remis l'oiseau dans sa cage.

     

    Pendant sept années il a gardé le collier.

    Au bout de sept ans l'oiseau est mort.

    Et la perle s'est brisée en mille petits morceaux.

    Mais lui était devenu un garçon plein de joie,

    et aussi plein de sagesse.  

     

     

     

    - Les effets d'une perle grise -

     

     

     

     

    ***

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    18
    Lundi 19 Octobre à 12:00

    ... et depuis, Kasimir a perdus son sourire?

    Belle Journée

    Monika

    17
    Jeudi 8 Octobre à 17:11

    Bonjour pinson,

    Je suis revenue relire ton conte et admirer tes beaux dessins. 

    Pour le tremblement de terre de l'Ile de la Réunion, j'ai vu que le tremblement de terre avec été localisé à 27 km sous le niveau de la mer? Notre petit caillou est bien mystérieux et je me dis aussi que sous nos pieds, il y a bien des "dangers" (ce n'est pas le mot que je cherche). Mais depuis, ils n'en parlent plus.

    Un plaisir pinson de venir te relire, d'observer tes dessins.

    Je te souhaite une bonne fin de journée. Bises pour toi pinson.

    16
    Cathy
    Mardi 6 Octobre à 07:10

    Bonjour il est dit ou écrit que 7 ans chez un enfant serait l'âge de raison, mon petit fils les a, mais je le trouve si jeune encore...bien qu'il est plus mûr que son grand frère de 10 ans, c'est le petit le chef, celui qui a des idées, qui parle pour son frère, qui bouge le plus, parle le plus, a des idées de génie - difficile pour son l'aîné d'avoir un frère si présent - qui prend tout l'espace et les regards des grands, des adultes - est-ce définitif ? quand ils seront adultes, comment seront leurs vies ? peut-être que là où je serais,  je pourrais le voir ? je vous espère en bonne santé vous et vos amies et amis - Cathy

    15
    Aln03
    Dimanche 4 Octobre à 12:28
    Je ne reçois plus les avis Eklablog.Je trouve ton joli conte en venant faire un tour.Ce conte me plaît beaucoup.Passionnants les moments sur cette péniche
    Merci.Bises Amikas
    14
    Lundi 28 Septembre à 22:18

    Bonsoir pinson,

    La magie de la perle grise fait enfin vivre ce petit garçon comme un enfant normal. Rire, sauter, jouer, se salir, s'écorcher les genoux etc. c'est comme ça que doivent vivre tous les enfants. Les oranges des Noël d'antan... je n'en ai jamais eues ni de mandarines mais j'ai toujours gardé la bonne odeur qu'elles dégageaient quand autour de moi, les autres les pelaient. 

    Les contes nous transportent dans l'imaginaire  mais c'est tellement bon de sortir du monde réel. Je ne me lasse pas de tes contes toujours si bien illustrés. Celui-ci est un souvenir pour toi.

    Je ne suis pas en avance aujourd'hui alors je te souhaite une bonne journée de demain. Bises pour toi pinson. Prends bien soin de toi surtout, le froid arrive, je pense beaucoup à toi.

      • Mardi 29 Septembre à 10:03

        Réponse à    Mari jo21  - - ---

        Tu sais, Mari jo, ça me fait une curieuse impression de reprendre ces contes entendus voici si longtemps, un peu comme si tout cela était irréel, seulement imaginé, car perdu dans un passé irrécupérable. J'éprouve en les racontant, un mélange de joie avec une sorte de ... souffrance : évoquer ce temps là est un défi. 

        Oui, le froid est arrivé d'un seul coup ! Il va falloir s'y adapter.

        Tiens, toi qui aime les volcans, je te signale que dans l'île de la Réunion, depuis 36 heures, la terre tremble sous la montagne, ce qui traduit la montée du magma, et peut annoncer une très prochaine éruption. A surveiller.

        Bises de pinson.

    13
    Lundi 28 Septembre à 16:47

    Merci à toi et à Monique pour le partage de ce conte qui fait chaud au coeur!!J'ai eu un pincement triste à cause de l'oiseau mais il a été réchauffé et le garçon à compris certaines valeurs depuis!!  Bisous Fan

      • Mardi 29 Septembre à 09:50

        Réponse à    ISIS  - - ---

        Oh oui, quelle  tristesse de trouver un oiseau mort, et quelle émotion s'il vient à se réveiller. Pendant une dizaine d'années j'ai eu des ruches, et j'ai souvent trouvé des abeilles "mortes" noyées, mais je me suis aperçu qu'en les plaçant dans le creux d'une main et en soufflant dessus je pouvais les sécher, les réchauffer, et souvent les voir s'envoler ! Joie alors, qui ne se mesure pas au poids de l'être ramené à la vie. 

        Bisous pour toi.

    12
    nuidra
    Lundi 28 Septembre à 11:49

    Encore un très beau conte, il me rappelle que je fus un enfant triste, car ma soeur était malade étant petite et non frère jumeau mort à la naissance. Notre mère avait peur de tout, et me couva jusqu'à mes 70 ans et me couve encore. Et j'ai du briser mon collier avec ma perle... 

    Mais à la fin, tout va bien. Amitiés. JPA

      • Lundi 28 Septembre à 14:25

        Réponse à    niudra  - - ---

        Salut l'ami Jean Pierre. 

        Nous avons, chacun de nous, en fonction d'une multitude de facteurs, des parcours différents. Mais finalement nous traversons les mêmes transformations, pour arriver, si tout se passe bien, à un stade d'équilibre entre dynamisme et retenue, entre joie  et tristesse et c'est peut-être ce que nous appelons pompeusement la sagesse.

        Bonne semaine, JPA.

         

    11
    lenez o vent
    Dimanche 27 Septembre à 20:38

    Que c'est bon de lire ce conte, mystère de la femme à la perle,

    et l'énergie porteuse de cette perle  qui transforme le garçonnet,

    7 années pour s'épanouir et aller sagement dans la vie.

    L'oiseau a bien vécu, j'aime tes dessins.

    Merci, bonne semaine

    Bisous Pinson

      • Lundi 28 Septembre à 10:00

        Réponse à    lenez o vent  - - ---

        Cette femme à la perle intervient là un peu comme la vieille femme dans le conte précédent, puis disparait de la même façon. C'est une façon d'évoquer des rencontres que nous n'avons pas prévues, et qui pourtant nous amène des éléments qui vont complètement changer nos vies, en incliner le cours dans une autre direction ... si toutefois nous acceptons de nous lancer dans une autre piste, si nous acceptons d'évoluer, de nous remettre en cause.

        Bonne semaine Armel, et bisous.

    10
    Simone
    Dimanche 27 Septembre à 18:56

    Elle racontait de belles histoires Monique. Importance du rire pour être en bonne santé, pour aller se frotter au monde et apprendre (un peu) de sagesse

    J'aime beaucoup cette histoire. Thanks a lot MrK. 

      • Lundi 28 Septembre à 09:52

        Réponse à    Simone  - - ---

        Nous nous réunissions dans cette péniche une fois par semaine et j'ai fait partie de ce groupe pendant presque une dizaine d'années. Une grande variété de récits y étaient proposés par chacun, selon son inspiration. Je ne me doutais pas que j'en reprendrais certains plus de trente ans après !

        Amicales pensées pour toi, Simone.

    9
    Danielle
    Dimanche 27 Septembre à 18:54

    Bonsoir pinson, un bébé qui ne riait jamais devenu un petit garçon trop sérieux, trop silencieux et qui ne savait pas ni ne voulait pas jouer... comme il devait se sentir exclu, prisonnier d'un carcan de rigidité et de blocages. Cet enfant privé de joie et d'insouciance... quelle tristesse ! Il avait besoin de "vivre", de se libérer mais pourquoi cet enfant ne riait-il jamais ? Il avait tellement besoin de rencontrer cette perle aux vertus miraculeuses, merveilleuses et bénéfiques. La vie est parfois difficile et un brin de folie est le bienvenu ! Quelle spectaculaire transformation soudain, la vraie vie... enfin, celle d'une enfance normale ! Ces contes souvent transmis pendant les soirées devant la cheminée étaient de jolis trésors qui perdurent grâce à des conteurs comme toi, c'est tellement agréable. Merci de les partager avec nous. Bisous pinson, bonne fin de soirée. Danielle

      • Lundi 28 Septembre à 09:42

        Réponse à    Danielle  - - ---

        Bonjour Danielle. Pourquoi ? Une simple notation nous laisse entrevoir une piste : il ressentait son père comme un enquêteur et comme un juge impitoyable ... Espérons que la création puis l'allongement du congé paternel lors d'une naissance pourra inaugurer un autre type de relation  fils > < père ou fille > < père.

        l est curieux aussi de voir combien un petit conte prend  de l'âge, ainsi celui-ci dans par exemple dans ce qui est dit des oranges comme un fruit rare et coûteux qu'on n'achetait souvent qu'à Noël !

        Bisous et bonne semaine, mouette. 

    8
    Dimanche 27 Septembre à 18:54

    Comme ce serait  merveilleux si une perle grise suffisait à nous rendre la joie de vivre ou à nous la faire découvrir...Merci pour ce joli conte

      • Lundi 28 Septembre à 09:24

        Réponse à    gazou  - - ---

        Cette perle grise sans doute n'existe pas, mais ce sont les circonstances de la vie, et peut-être des faits qui nous paraissent sans importance, qui en tiennent lieu.

        Bonne semaine gazou.

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