• - Un simple récit : la louve blanche -

     

     

    Dans nos campagnes reculées, où se mêlent encore des bois de toutes tailles et de petits champs cultivés, les premiers revêtant souvent les pentes des collines, les champs eux préférant, si c'est possible, profiter d'une zone plus plate dans les vallées où chantent encore ruisseaux et  rivières... dans nos campagnes reculées disais-je, vivent encore des animaux étranges et inquiétants.

     

    Ainsi, en certains lieux, la louve blanche .

     

    Ces animaux apparaissent sous des formes étranges, comme s'ils se lovaient dans les creux des vallons, pouvaient allonger leurs bras, se répandre comme des chevelures, rester immobiles ou changer doucement de forme.

     

    Mais quand, me direz-vous ?  

    A la tombée de la nuit, quand se forment des brumes épaisses  dans ces zones humides, près des ruisseaux, à la lisière des bois, ou tout le long des bouchures d'aubépine lesquelles forment d'infranchissables barrières. Ces brumes forment des nappes blanches épaisses et morcelées qui semblent frissonner quand se lève une petite brise, brouillards localisés  qui se dissiperont le matin quand montera dans le ciel notre astre d'or !

    Les esprits rationnels diront que ces êtres mystérieux et maléfiques n'existent que dans nos imaginations.

    Et pourtant le récit de leurs méfaits fut longtemps colporté, le soir au coin du feu, dans les chaumières,  ou par des conteurs ...

     

    Je me propose justement de vous conter ce qui est arrivé à un certain braconnier que l'on appelait l'Auguste. Un brave homme au demeurant, dont la profession officielle était bûcheron, mais dont la passion était de hanter les taillis durant la nuit, d'y observer alors la vie secrète des animaux , d'écouter les cris puissants des cerfs à la période des amours, les grognements des sangliers lorsqu'ils labourent le sol à la recherche de leur nourriture, les cris stridents des lapins de garenne quand ils sont saisis par un renard. 

     

     

    - La louve blanche : un simple récit -

     

     

    Comment alors ne pas tendre lui aussi des collets pour participer à cette vie intense et souvent cruelle, c'est vrai. C'est vrai aussi qu'il décrochait parfois son vieux fusil quand il voulait offrir à sa femme, lasse de manger du lapin, un faisan ou quelques ramiers, voire un chevreuil pour les grands jours. 

    L'Auguste n'avait peur de rien. Il avait toujours réussi à se cacher à temps lorsqu'il avait aperçu un garde forestier, n'avait jamais rencontré la louve blanche et ne croyait pas aux fantômes. 

     

    Mais un soir...

     

    Ce soir là des brumes épaisses dansaient à la lisière des bois, et comme on ne sait jamais ce qu'elles peuvent cacher, tous les sens de l'Auguste étaient en éveil.  C'est alors qu'il vit ... qu'il vit nettement ...

    Mais qu'était-ce donc ? 

    Oh ce n'était pas loin de ressembler à un loup, au corps presque immobile, mais avec un cou lui très mobile et une tête qu'il n'avait pas vraiment bien vu. L'Auguste laissa échapper un cri !  

    Alors l'animal, et oui, c'était bien un animal, l'animal se tourna vers lui, et une paire d'yeux, qui brillaient comme des braises,  dardèrent sur lui une lumière jaune verdâtre, presque phosphorescente ! 

    Cette fois plus de doute pour notre Auguste :  c'était bien la louve blanche dont lui avait si souvent parlé sa grand-mère, un animal féroce qui allait peut-être sauter sur lui ! Il n'avait pas le temps de recharger son vieux fusil et décida de s'en aller tout de suite, sans courir pour ne pas sembler avoir peur. Il marcha le plus vite possible.

    Parvenu à un carrefour, il hésita. Non sur le chemin à suivre : il connaissait très bien la forêt et savait une ferme pas trop éloignée. Mais allait-il se retourner pour savoir si la louve l'avait suivi ? 

    Il se retourna, et vit la louve blanche : elle le suivait à courte distance, continuant à darder sur lui ses yeux lumineux ! Cette fois une peur incontrôlable le saisit et il se mit à courir, à courir plus vite qu'il n'avait jamais couru de sa vie ! De temps en temps il se retournait brièvement, et hélas le féroce animal, qui semblait parfaitement agile, le poursuivait à la même courte distance.

    Il parvint enfin à la ferme dont la barrière était ouverte, comme si on y attendait quelqu'un. Totalement essoufflé, il tambourina à la porte. Après une attente qui lui parut fort longue, on vint lui ouvrir. Il pénétra sans plus attendre : un homme et une femme étaient là, effrayés par cette intrusion. Il les rassura et leur conta toute l'histoire : il était poursuivi par la louve blanche, et elle était là, dehors ! La peur s'empara des fermiers qui tirèrent aussitôt le verrou.

    On décida de vérifier si la louve était toujours là, mais par précaution  en montant au grenier pour n'y ouvrir qu'une toute petite lucarne, car elle aurait pu bondir si on avait ouvert une fenêtre en bas ! Et bien oui, elle était là, la louve blanche, juste à l'entrée de la cour, et elle guettait !

    " Je vais la tuer ! " s'écria l'Auguste !

    Il chargea son fusil. Cela se faisait à l'époque en faisant couler la poudre dans le canon, puis en y faisant rentrer la bourre, bien la pousser, puis en introduisant de la grenaille de plomb ... L'Auguste fit le plus vite possible, puis, bravement, s'en retourna à la lucarne. La forme blanche était toujours là. Il tira. La formidable explosion qui suivit sembla ébranler tout le grenier.

    Là bas, entre les barrières, une forme blanche gisait sur la terre de la cour, comme encore enlacée par une trainée de brouillard. Personne ne voulu sortir pour aller vérifier : l'émotion avait été trop forte.

    On bu une petite gnôle,  on prépara une couche pour le vaillant chasseur, et on partit dormir. 

    - - -

    Une fois le jour bien levé, on osa sortir dans la cour.

    La forme blanche était là. 

    Mais en s'approchant, ils virent qu'elle portait une tête barbue, et des cornes bien effilées. C'était une chèvre !  

    - C'est Blanchette ! Notre chèvre s'écria la fermière !

    -Et vous l'avez tuée, s'écria le fermier ! 

    - Une chèvre, répéta le braconnier, incrédule... Mais que faisait-elle dans les bois en pleine nuit ? 

    Il apprit alors que Blanchette faisait ainsi souvent des fugues, que les fermiers laissaient alors la barrière ouverte, et que Blanchette rentrait toute seule quand elle avait mangé assez de jeunes pousses d'arbres qui étaient pour elle un véritable régal. 

     

     

    - La louve blanche : un simple récit -

     

     

    Ayant vu le braconnier retourner vers la ferme, elle l'avait suivi cette nuit là en toute confiance, tout en sautant de droite et de gauche.

     

     

    Les fermiers, malheureux de la mort de Blanchette, acceptèrent d'être indemnisés, et Auguste cacha son fusil au plus profond de son bûcher.

     

     

    ***

     

    Bon, je réalise que mon récit ne va pas trop vous pousser à croire en l'existence de ces êtres dangereux que l'on peut rencontrer dans les bois hantés de brouillard.

    Mais tout de même, prenez garde ...

     

     

    ***

     

     

     

     

     

     


  • Commentaires

    22
    Jeudi 13 Août à 17:55

    Bonsoir pinson,

    J'ai cliqué pour aller chez papydom , du moins j'ai cru et me voilà chez toi alors j'ai plaisir à relire ton conte, revoir tes beaux dessins et te faire un coucou par la même occasion. Je ne voulais pas m'en aller comme ça de chez toi. 

    Elle est vraiment jolie cette petite blanchette et ton dessin magnifiquement beau, j'adore et un conte que j'aime beaucoup mais que j'aie beaucoup de mal à commenter. 

    Des bises pour toi pinson et je te souhaite une bonne fin de journée.

      • Jeudi 13 Août à 21:17

        Réponse à   Mari jo 21  - - -- - - --

        Merci Mari jo, et plein de bisous pour toi aussi.

        Bonne fin de semaine.

    21
    Jeudi 13 Août à 15:44

    OHH mais c'est triste cette histoire!!!Pauvre biquette!!!tout cela à cause d'un gros délire de braconnier! sniff!!!Bisous Fan

      • Jeudi 13 Août à 21:15

        Réponse à   Isis  - - -- - - --

        Oui, ISIS, c'est bien dommage pour cette douce biquette qui était revenue à la ferme en batifolant gaiment ! 

        Mais c'était pour montrer à quel point la peur peut mal nous conseiller, et peut entraver notre capacité de réflexion, en nous poussant alors à des actes instinctifs.

        Bonne semaine amie Isis.

    20
    lenez o vent
    Lundi 10 Août à 08:45

    Ces histoires ancestrales transmises génèrent inconsciemment des peurs

    et masquent la réalité laissant libre cours à l'instinct de survie.

    Elle est belle ta Blanchette

    Bisous Pinson et journée au mieux.

      • Lundi 10 Août à 17:00

        Réponse à   lenez o vent  - - -- - - --

        Et ces peurs irrationnelles sont mauvaises conseillères.

        Bisous Armelle.

    19
    Dimanche 9 Août à 20:06

    ... bonsoir Kasimir, "moi-je" vois même des animaux mystérieux dans les arbres et buissons et quand il vente un peut... yes il bougent. Mais bon j'y vois tellement que cela me fait sourire.

    Il fais vraiment trop chaud...encore ce soir.

    Je te souhaite une belle et bonne nuit!

     

    PS. depuis un certain temps des pubs suisses s'installent au-mileu de ton texte, c'est plus que désagréable...

      • Lundi 10 Août à 22:38
      • Lundi 10 Août à 16:54

        Réponse à   Monika  - - -- - - --

        Oui, ces pubs se sont installées là sans la moindre autorisation. J'ai bien peur que l'heureux temps dont nous avons profité jusqu'ici se termine.

        Pour la chaleur, vraiment excessive en ce moment, nous pouvons par contre espérer la voir s'estomper. Quel plaisir ce sera !

        Bonne semaine Monika.

    18
    Dimanche 9 Août à 18:31

    Bonsoir pinson,

    C'est ça qui est captivant dans la nuit avec brouillard et brume, tout devient étrange et mystérieux voire même fantomatique et quand les légendes y ajoutent encore plus de mystère, l'imagination nous y fait croire.

    Pauvre Auguste qui aimait tant la nature et qui a pensé à la louve blanche que lui a si souvent parlé sa Grand-Mère. Et il faut bien avouer que lorsque l'on est pris de panique et bien notre imagination est en ébullition et tout devient pour nous un instant réel. 

    L'Auguste a transmis sa peur aux fermiers qui malheureusement n'ont pas pensé, ni reconnu leur Blanchette. C'est bien triste pour cette petite chèvre qui le suivait en toute confiance et tranquillité. Il a bien fait de ranger son fusil au grenier.

    Je ne suis pas peureuse et par temps de brouillard, de brume, j'aime sortir la nuit dans cette ambiance au milieu de Dame Nature, j'y suis bien. Notre grand Saule Pleureur au milieu du pré la nuit, ressemble à un immense fantôme avec des bras qui, vous avez l'impression vont vous saisir. Il m'est arrivé d'emmener des personnes à une sortie nocturne et à force d'avoir sans cesse peur, de voir telle ou telle choses, j'avoue qu'elles m'ont transmise leurs peurs et je me suis dit que plus jamais je n'emmènerai quelqu'un avec moi car si au début c'était une agréable balade comme je les aime, la suite est vite devenue galère.

    C'est un très beau conte accompagné de très beaux dessins. Blanchette est très belle, j'aime ce rocher et le feuillage des arbres et l'arbre qui se distingue bien vers le rocher. Tes dessins sont toujours magnifiques tout comme tes contes.

    Je te souhaite une bonne soirée pinson avec des bises remplies d'amitié.

      • Lundi 10 Août à 16:47

        Réponse à   Mari jo 21  - - -- - - --

        Ah oui je te vois très bien déambuler durant les nuits où un peu de lumière venue de le lune éclaire ces formes blanches étranges et parfois mobiles que forment les nappes fragmentées de brouillard. 

        En réalité elles peuvent être très dangereuses pour les automobilistes qui, allant trop vite, se laissent surprendre ...

        Mieux vaut les aborder en poète, en silence et tout simplement en les admirant.

        Bises pour toute ta semaine !

    17
    Simone
    Dimanche 9 Août à 15:45

    Jamais je n'aurais tiré sur une louve, blanche de surcroît; j'aime les loups. Bon, mais ma réponse se croiserait avec celle de Danielle et celle de Mr K : je résume : puissance de la peur - défi de l'homme actuel.

    Je ne peux dire mieux

    merci pour cette triste histoire et ces jolis dessins

      • Lundi 10 Août à 16:35

        Réponse à   Simone  - - -- - - --

        Ah oui, Simone : notre jugement sur les loups a beaucoup changé depuis quelque temps. On les a chargé dans le passé de bien des méfaits qui en réalité étaient accomplis par des êtres dits humains. C'était bien commode.

        Là comme ailleurs il serait bien en effet d'être délivré de la peur, laquelle  ne nous rend pas intelligent.

    16
    niudra
    Dimanche 9 Août à 13:26

    Merci pour ce beau récit. Il est écrit par un vrai braconnier comme moi, qui braconne de tout. 

     

    Le sanglier grogne, mais quand  il est un grand seigneur il grommelle comme moi; 

     

    Bon dimanche. 

     

    JPA 

      • Lundi 10 Août à 16:26

        Réponse à   niudra - - -- - - --

        Ah je connaissais le terme "grommeler" mais je ne savais pas qu'il désignait le cri du sanglier.

        Bonne semaine, JPA le braconnier.

        La fraicheur va revenir !

    15
    Dimanche 9 Août à 09:15

    Sais-tu que j'ai trouvé sur internet, sous forme électronique, l'ouvrage "Flore de la France", par l'abbé Coste.

    Aucun rapporta vec la chèvre ou la louve blanche...

      • Dimanche 9 Août à 12:18

        Il me semblait que c'était toi qui m'en avait parlé.

        Début du 20ème siècle

        réédité en 1937

        3 tomes + un index

        Abbé Coste voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Hippolyte_Coste

      • Dimanche 9 Août à 10:05

        Réponse à   LMPT73  - - -- - - --

        Et non je ne le savais pas !

        Je dois même avouer que ma passion pour la botanique a décru au point que je ne suis pas l'évolution moderne de cette science. J'ignore d'ailleurs l'existence de cette flore de l'abbé Coste. Est-ce un ouvrage ancien ou moderne ? 

    14
    gazou
    Dimanche 9 Août à 08:53

    Nous avons souvent des peurs irrationnelles qui nous empêchent de vivre sereinement, qui ne nous permettent pas d'être pleinement vivants...Tâchons d'être lucides , de les déceler

      • Dimanche 9 Août à 10:00

        Réponse à   gazou  - - -- - - --

        Peurs irrationnelles, oui, qui une fois éveillées bloquent la réflexion. C'est bien ainsi que ces fermiers n'ont même pas pensé à la fugue de Blanchette, comme s'en étonne à juste raison Danielle.

        Rester lucides, notre problème !!!

    13
    Danielle
    Dimanche 9 Août à 08:01

    Bonjour pinson, les récits effrayants, les légendes, peuvent parfois marquer l'esprit et faire croire à des êtres ou des animaux dangereux dans des circonstances particulières. Ce récit est joliment conté avec à la fois beaucoup de poésie et une bonne dose de mystère qui fait galoper notre imagination. Ces histoires colportées, transmises le soir au coin du feu bien souvent, s'inscrivent dans le fond de notre mémoire ! Le pauvre Auguste qui semblait être un brave homme tout simple, près de la nature, a certainement connu la peur de sa vie lui qui connaissait la forêt par coeur et les animaux qui la fréquentent n'avaient pourtant aucun secret pour lui, leurs cris lui étaient familiers et pourtant... pauvre Blanchette qui l'a suivi confiante pour rentrer chez elle. Le brouillard, l'atmosphère étrange qu'il apporte... et le fusil du braconnier lui ont été fatal ! Ce pauvre animal n'avait pourtant rien de féroce mais a affolé Auguste que la peur empêchait de réfléchir. Par contre les fermiers auraient pu penser à leur Blanchette qui fuguait la nuit régulièrement, eux aussi étaient gagnés par la panique. Ton dessin est superbe, cette chèvre est remarquable. Merci de nous faire partager ce récit et bisous dominicaux pinson, que ta journée soit belle. Danielle

      • Dimanche 9 Août à 09:56

        Réponse à   Danielle  - - -- - - --

        Oui, mouette, c'est bien cela : la puissance de la peur pour désorganiser , paralyser, notre réflexion, faire renaitre en nous les terreurs des temps passés, inscrites au plus profond de nos cerveaux..... inscrites non durant notre courte vie, mais dans ce que nous ont légué nos ancêtres depuis de nombreuses générations, voire nos ancêtres animaux. 

        Nous considérons maintenant que les parties les plus archaïques de nos cerveaux représentent en nous une sorte de "cerveau reptilien", lequel est porteur de nos instincts vitaux de base : instinct de survie (déclenchant la fuite ou le combat), instinct de prédation, instinct sexuel ....   

        Comment maîtriser cette partie de nos cerveaux et la contrôler par l'intelligence  et l'amour ?

        C'est le défi de l'homme actuel. 

        Bonne journée Danielle, bisous de pinson.

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